Roland Dorgelès

Biographie de Roland Dorgelès

Roland Lecavelé de son vrai nom, Roland Dorgelès est né à Amiens en 1885. Il grandit sereinement en banlieue parisienne avec sa famille. Ses parents étaient représentants de commerce. Après des études dans les arts décoratifs, Roland se lance dans le journalisme en collaborant avec plusieurs journaux comme Messidor et Paris-journal. À ces débuts dans l’écriture, il choisit son nom d'écrivain en souvenir de séjours thermaux de sa mère à Argelès dans le sud de la France.

En 1914, bien qu’ayant été deux fois réformé précédemment à cause de sa santé, il s'engage volontairement en se faisant appuyer par son patron au journal L'Homme libre, qui n’est autre que Georges Clemenceau. Roland est affecté au 74e régiment d'infanterie de ligne de Rouen le 21 aout 1914. Il combat en Argonne et au nord de Reims ; puis est transféré au 39e régiment d'infanterie de ligne et participe aux combats du bois du Luxembourg et à la Deuxième bataille d'Artois dans le cimetière de Neuville-Saint-Vaast en 1915 entre autres. Il rejoint ensuite l’aviation, devient élève pilote, est nommé caporal et reçoit la Croix de guerre.

De son expérience au front, il conserve de nombreuses notes qui inspireront son chef d'œuvre Les Croix de bois, qui raconte le quotidien des soldats français durant la guerre. Cet ouvrage publié en 1919 est un grand succès qui lui permet de gagner en notoriété. Le roman obtient le prix Fémina la même année. Il est également en lice pour le prix Goncourt, mais c’est finalement À l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust qui est récompensé, à quatre voix contre six.

À son retour de guerre, Roland entre au Canard enchaîné, où il rencontre Henri Béraud et Paul Vaillant-Couturier avec qui il se lie d’amitié. Entre 1917 et 1920, il publie dans ce journal La Machine à finir la guerre, un roman satirique écrit en collaboration avec son ami Gignoux. Il décrit entre autres les tranchées, les bruits, les visions du front et la vie quotidienne des soldats. Il publie également nombre d’articles du même genre. S’il utilise parfois le pseudonyme Roland Catenoy, il signe le plus souvent de son nom, notamment pour ses écrits les plus importants.

En 1923, il se marie à Hania Routchine, une chanteuse lyrique d'origine russe. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, il voyage beaucoup et rédige de nombreux ouvrages : Sur la route mandarine (1925) et Partir… (1926) sont inspirés d'un séjour en Indochine.

En 1929, il succède à Georges Courteline à l'Académie Goncourt. Il sera élu président de l'Académie Goncourt en 1954, fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort. Roland Dorgelès fut également président de l’Association des écrivains combattants et a donné son nom à une distinction littéraire, le prix Roland Dorgelès créé en 1995 qui récompense deux journalistes (un de radio et un de télévision) se distinguant dans leur bon usage de la langue française.

En 1939, il devient correspondant de guerre pour l’hebdomadaire Gringoire. Mais dès l’année suivante, il se réfugie à Cassis, près de Marseille et stoppe toute collaboration avec le journal en 1941. Il s’installe ensuite à Montsaunès (Haute-Garonne) où il accueille son ami peintre Raoul Dufy pendant un an. Dorgelès raconte les évènements de la Seconde guerre mondiale dans Vacances forcées et Carte d'identité, tous deux publiés en 1945.

En 1960, après le décès de sa première épouse, il se remarie avec Madeleine Moisson. Il meurt le 18 mars 1973 à l’âge de 88 ans.

Citations de Roland Dorgelès

« Souvent, quand un camarade n'avait pas de quoi acheter un bouquet à sa petite amie le jour de sa fête, il se glissait dans le vieux cimetière et chapardait les roses du dernier enterrement. Maintenant, l'heure est venue de se mettre en règle : je vais rendre aux morts les fleurs que nous leur avons volées. » (Bouquet de Bohème)

« Toutes ces idylles se déroulaient selon le même rite. Des amis peintres faisaient leur portrait, qu'elles ne trouvaient jamais ressemblant, on leur lisait des vers qu'elles ne comprenaient pas, mais qui leur mouillaient les yeux, et cela donnait des amours éternelles qui se prolongeaient jusqu'à des six mois. » (Quand j’étais Montmartrois)

« Le voyage, pour moi, ce n'est pas d'arriver, c'est partir. C'est l'imprévu de la prochaine escale, c'est le désir jamais comblé de connaître sans cesse autre chose, c'est demain, éternellement demain. » (Partir…)

« La femme rend lâche. C'est elle qui conseille au gréviste de rentrer à l'usine, à l'artiste de faire du commerce, au soldat de plier le dos. Parce qu'elle ne pense qu'à la pâtée, qu'elle a un pot-au-feu dans le cœur. » (Le Château des brouillards)

« - L'égalité, c'est un mot, l'égalité...Qu'est-ce que c'est l'égalité ?
Sulphart réfléchit un instant. Puis il répond sans vouloir rire :
- L'égalité, c'est de pouvoir dire m... à tout le monde. » (Les Croix de bois)

« Oui, c’est étonnant ce qu’il faut faire de démarches pour avoir le droit d’aller se faire casser la gueule. » (Le Cabaret de la belle femme)

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