Mathias Enard

Biographie de Mathias Enard

Écrivain et traducteur primé à de nombreuses reprises pour ses romans éclairants sur le monde oriental, Mathias Énard est un véritable virtuose des mots et un maitre de la culture de ces régions. Né le 11 janvier 1972 à Niort, en Poitou-Charentes, ce passionné d’Orient poursuit des études à l’École du Louvre en art islamique avant de s’intéresser aux langues arabes et persanes. Après son cursus et de nombreux voyages au Moyen-Orient, il s’installe à Barcelone où il anime plusieurs revues culturelles. C’est également à cette époque qu’il publie ses premières traductions : Épître de la queue, de Mirzâ Habib Esfahâni, un ouvrage persan obscène et satirique de l’acte sexuel ; et Yasser Arafat m’a regardé et m’a souri de Yussef Bazzi, une œuvre arabe au récit bref qui raconte le quotidien d’un jeune combattant durant cinq années de guerre civile. En 2010, Mathias Énard devient professeur à l’université autonome de Barcelone, où il enseigne la langue arabe.

En parallèle de son occupation d’enseignant et de traducteur, l’artiste s’essaie au métier d’écrivain et publie, en 2003, son tout premier roman, La Perfection du tir. Le récit, écrit à la première personne, plonge le lecteur dans l’univers angoissant de la guerre civile et pénètre dans les pensées troublées et troublantes d’un jeune tireur embusqué obsédé par la mort : « Je ne savais plus si j’étais celui qui tirait ou celui sur lequel on tirait. » L’œuvre est unanimement applaudie par le monde littéraire et se voit récompensée du prix des cinq continents de la francophonie et du prix Edmée-de-la-Rochefoucauld l’année suivante.

Si la carrière littéraire du jeune traducteur n’en est encore qu’à ses balbutiements, le succès, lui, est déjà au rendez-vous. Mathias Énard confirme définitivement son statut d’écrivain grâce à son roman Zone, publié en 2008 chez Actes Sud. L’œuvre atypique est composée d’une seule et unique phrase qui s’étend sur près de 500 pages, uniquement coupée dans les chapitres IV, XIII et XX par les pages d’un livre lu par le narrateur. Le récit, qui prend place dans un train italien, n’est donc qu’un long monologue sur le changement d’identité d’un homme précédemment engagé dans les services de renseignements. Véritable coup de génie tant sur la forme que sur le fond, Zone vaudra à son auteur d’être récompensé de pas moins de six prix littéraires, dont le prix Décembre, le prix Candide et le prix Cadmous en 2008, ainsi que le prix du Livre Inter et le prix Initiales en 2009.

La réussite le suit à chaque parution, chacun de ses romans étant couronné de succès et primé par la critique. Avec Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Énard reste dans le contexte oriental et évoque un voyage fictif que fit Michel-Ange à Constantinople sur invitation du sultan Bajazet II. L’œuvre lui vaut le prix Goncourt des Lycéens. Mais la consécration ultime arrive en 2015 grâce à son roman Boussole, une plongée au cœur de l’Orient tel que perçu par le monde occidental, pour lequel Mathias Énard reçoit le prix Goncourt.

Outre ses activités intellectuelles et littéraires, ce passionné d’art contemporain est également copropriétaire de la galerie d’art « Scrawitch » située à Paris, ainsi que des éditions du même nom qu’il a créées en 2011.

Citations de Mathias Enard

« Nos rêves sont peut-être plus savants que nous. » (Boussole)

« L’être est toujours dans cette distance, quelque part entre un soi insondable et l’autre en soi. Dans la sensation du temps. Dans l’amour, qui est l’impossibilité de la fusion entre soi et l’autre. » (Boussole)

« Souvent on souhaite la répétition des choses ; on désire revivre un moment échappé, revenir sur un geste manqué ou une parole non prononcée ; on s’efforce de retrouver les sons restés dans la gorge, la caresse que l’on n’a pas osé donner, le serrement de poitrine disparu à jamais. » (Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants)

« L’avantage, c’est qu’aujourd’hui les livres ont si peu de poids, sont si peu vendus, si peu lus que ce n’est même plus la peine de les interdire. » (Rue des voleurs)

« Parfois, nous sentons que la situation nous échappe, que les choses dérapent ; on prend peur et au lieu de regarder tranquillement, d’essayer de comprendre, on réagit comme le chien pris dans un barbelé, qui s’agite éperdument jusqu’à s’en déchirer la gorge. » (Rue des voleurs)

« Cette frontière que tu traces en te retournant, comme une ligne avec un bâton dans le sable, on l’effacera un jour ; un jour toi-même tu laisseras aller au présent, même si c’est dans la mort. » (Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants)

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