Annie Ernaux

Biographie de Annie Ernaux

Née Annie Dechesne, cette écrivaine et professeur de lettres françaises est née le 1er septembre 1940 en Seine-Maritime. Issue d’un milieu social modeste et fille de parents commerçants, elle a passé son enfance en Normandie avant de poursuivre ses études à l’université de Rouen, puis de Bordeaux. Devenue enseignante, elle dispense ses cours dans différents collèges et lycées avant d’accepter un poste au Centre national d’enseignement à distance.

Annie Ernaux se lance dans la littérature en 1974 avec la publication de son premier roman autobiographique, un genre qu’elle conservera pour toute l’étendue de son œuvre littéraire, intitulé Les Armoires vides. L’histoire retrace l’enfance normande de l’auteure et introduit des thèmes qui deviendront récurrents dans ses prochains romans comme la figure maternelle, mais aussi celle du père ou encore la césure entre le monde modeste ouvrier dans lequel elle a grandi et celui, plus bourgeois, qu’elle côtoie en raison de ses études. Ce premier est aussi l’occasion pour Annie Ernaux de présenter son style épuré qu’elle veut objectif et dénué de toute tendance romanesque. Fortement influencée par la sociologie, on en retrouve les saveurs dans la plupart de ses ouvrages qui sont pour l’écrivaine française le moyen de raconter au monde sa propre existence et de « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais ». Chacun de ses romans raconte un épisode marquant ou une personne déterminante de son existence. Si elle dédie La Femme à sa mère disparue et évoque la maladie d’Alzheimer dont cette dernière souffrait dans Je ne suis pas sortie de ma nuit, elle n’hésite pas à aborder des sujets plus personnels tels que sa propre sexualité dans Passion simple ou encore l’avortement qu’elle a subi dans L’Événement.

Si elle est admirée et adulée par le milieu universitaire, dont les œuvres font fréquemment l’objet de thèses, la critique littéraire se fait parfois plus cinglante. Toutefois, Les Années, une fresque sociale qui débute au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et qui mêle les descriptions du contexte historique de l’époque et le récit de la propre vie de l’auteur, fait l’unanimité dans la presse littéraire. Le roman, publié en 2008 aux éditions Gallimard, sera d’ailleurs récompensé du prix Marguerite-Duras et du prix François-Mauriac. La même année, Annie Ernaux se voit décerner le prix de la langue française pour l’ensemble de son œuvre.

Également engagée politiquement, l’écrivaine française n’hésite pas à faire connaitre ses opinions politiques et à soutenir ouvertement Jean-François Mélanchon lors des présidentielles de 2012. La même année, indignée par la publication d’un texte de Richard Millet de 18 pages faisant l’apologie d’Anders Breivik – Éloge littéraire d’Anders Breivik –, Annie Ernaux rédige une critique virulente dans Le Monde, dans laquelle elle précise que « traiter par le silence et le mépris un texte porteur de menaces pour la cohésion sociale, c’est prendre le risque de se mépriser soi-même plus tard. »

Annie Ernaux, en adoptant une démarche littéraire fortement empreinte de sociologie, a complètement redéfini le genre de l’autobiographie et apporté un vent de nouveauté et de fraicheur à la littérature française.

Citations de Annie Ernaux

« Pour rendre compte d’une vie soumise à la nécessité, je n’ai pas le droit de prendre le parti de l’art, ni de chercher à faire quelque chose de "passionnant", ou "d’émouvant ". » (La Place)

« Je voudrais dire, écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l’adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, mais particulière, qui n’a pas de nom. Comme de l’amour séparé. » (La Place)

« Et je découvrais qu’entre le désir de se cultiver et le fait de l’être, il y avait un gouffre. » (Une Femme)

« J’avais le privilège de vivre depuis le début, constamment en toute conscience, ce qu’on finit toujours par découvrir dans la stupeur et le désarroi : l’homme qu’on aime est un étranger. » (Passion simple)

« Pour moi, la vérité est simplement le nom donné à ce qu’on cherche et qui se dérobe sans cesse. » (L’Écriture comme un couteau)

« Je l’aimais de tout mon vide. » (Se perdre)

Voir une image de l'auteur