Réjean Ducharme

Biographie de Réjean Ducharme

Artiste énigmatique qui refuse toute entrevue depuis plus de 40 ans, Réjean Ducharme est né à Lanaudière, une région administrative du Québec, le 12 aout 1941. Écrivain, dramaturge, scénariste et sculpteur, ce touche-à-tout vit dans l’anonymat depuis sa consécration en 1966 à la suite de la parution de son premier roman, L’Avalée des avalés

Après avoir suivi des études secondaires à Joliette chez les clercs de Saint-Viateur, Réjean Ducharme s’inscrit à l’École polytechnique de Montréal, qu’il quitte six mois plus tard pour devenir commis de bureau. Après une période où il alterne chômage et petits boulots, il s’engage dans l’Aviation canadienne et s’envole en 1962 pour l’Arctique.

Les années qui suivent, Réjean Ducharme les consacre à l’écriture de son premier roman, L’Avalée des avalés, qui sera publié en 1966 par Gallimard. La publication de l’ouvrage, qui s’inscrit dans un contexte de nationalisme québécois particulièrement intense, par une maison d’édition française fait couler beaucoup d’encre. Pour ajouter à la controverse de cette parution, le roman est également nominé pour le très célèbre prix Goncourt, malgré le jeune âge de l’auteur. Devenu un objet de méfiance pour certains de ses pairs du monde littéraire, Réjean Ducharme n’en reste pas moins considéré comme l’un des écrivains les plus emblématiques de la littérature canadienne du xxe siècle.

En 1967 et 1968 sont ensuite publiés Le Nez qui voque et L’Océantume, deux romans dont les manuscrits avaient été soumis à Gallimard en même temps que l’Avalée des avalés. Le succès est immédiat. Outre ses romans, dont le dernier, Gros mots, est paru en 1999, Réjean Ducharme s’est également illustré dans le monde du théâtre. Parmi ses pièces, Ines Pérée et Inat Tendu, dont les personnages ne sont pas sans rappeler ceux de Samuel Beckett dans En attendant Godot, des individus englués dans l’inaction et confrontés à l’absurdité de leur existence ; ou encore Ha ha!..., qui met en scène quatre personnages en prise avec la douleur impitoyable d’un monde adulte source de désespoir. Mais Ducharme, en véritable artiste polyvalent, s’est également frotté au septième art en tant que scénariste pour deux films réalisés par Francis Mankiewicz : Les Bons Débarras et Les Beaux Souvenirs.

Mais si Réjean Ducharme a marqué de son empreinte le monde littéraire canadien, c’est avant tout grâce à son style unique et d’une richesse infinie. Jonglant avec les néologismes, les jeux de mots et les métaphores, il aborde avec intensité et désespoir les combats et batailles que doivent livrer enfants et adolescents face à un monde adulte corrompu. L’Avalée des avalés en est d’ailleurs une représentation magistrale. Bérénice Einberg, l’héroïne du roman, et son frère Christian se retrouvent tous les deux au centre du conflit conjugal qui oppose leurs parents. Confrontée aux mensonges de ces derniers, à leur égoïsme et à la souffrance qu’ils lui imposent en la séparant de son frère, Bérénice devient la parfaite incarnation de ce que la crise d’adolescence a de plus extrême et douloureux.
Écrivain énigmatique au succès fulgurant, Réjean Ducharme a su, depuis plus de quatre décennies, cultiver le mystère qui l’entoure tout en gardant son statut d’auteur emblématique de sa génération.

Citations de Réjean Ducharme

« Je trouve mes seules vraies joies dans la solitude. Ma solitude est mon palais. C’est là que j’ai ma chaise, ma table, mon lit, mon vent et mon soleil. Quand je suis en exil, je suis assise en pays trompeur. » (L’Avalée des avalés)

« On ne nait pas en naissant. On nait quelques années plus tard, quand on prend conscience d’être. » (L’Avalée des avalés)

« Le bonheur, c’est d’être fidèle aux aspirations de son âme. C’est d’être assez brave et assez fier pour écouter les voix qui montent de l’âme et obéir à la plus belle. » (Le Nez qui voque)

« Il n’y a pas moyen de ne pas être positif quand on y pense : la vie future est belle jusqu’à preuve du contraire, la vie passée est finie et le présent n’existe pas. » (Les enfantômes)

« Le combat ingrat qui faut livrer pour rendre exaltant l’ennui de l’amour cossidien est cossidien lui aussi. » (Les enfantômes)

« Je prends gout à lire. Je me mets dans tous les livres qui me tombent sous la main et ne m’en retire que lorsque le rideau tombe. Un livre est un monde, un monde fait, un monde avec un commencement et une fin. Chaque page d’un livre est une ville. Chaque ligne est une rue. Chaque mot est une demeure. Mes yeux parcourent la rue, ouvrant chaque porte, pénétrant dans chaque demeure. » (L’Avalée des avalés)

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