La rentrée littéraire dans tous ses états

La rentrée littéraire arrive à grands pas avec ses romans, ses auteurs, ses rumeurs et ses rituels, qui en font l’évènement le plus médiatisé de la scène littéraire en France. Mais au fond, de quoi s’agit-il ? Quel est le concept qui se cache derrière ce terme évasif et mystérieux de « rentrée littéraire » ? Tout le monde en parle, et plutôt deux fois qu’une, mais il est bien difficile de savoir en quoi consiste, conceptuellement parlant, un tel évènement.

 

Bien sûr que c’est l’explosion annuelle des parutions de nouveaux livres - tous genres confondus - entre août et septembre, le moment idéal si l’on veut rencontrer des auteurs, en découvrir de nouveaux, s’imprégner de l’effervescence littéraire qui règne à cette époque de l’année. Ce n’est pourtant pas toujours ce que l’on entend. Nombreux sont les lecteurs qui considèrent l’évènement comme une vaste plaisanterie commerciale et se refusent par principe à adhérer au processus. La polémique de la légitimité de la rentrée littéraire fait rage tous les ans, et ce pour plusieurs raisons.

 

Démocratisation culturelle VS artifice commercial

Tout d’abord, face à l’avalanche d’ouvrages proposés au public à l’occasion de cette rentrée livresque, c’est la panique. Comment s’y retrouver ? À qui demander conseil ? Sa famille, ses amis, les libraires, les critiques, les blogueurs ? Plus on essaie d’échapper à l’influence des discours officiels, plus on se sent perdu et démuni face à ce tsunami éditorial. Il ne reste plus qu’à se raccrocher aux valeurs dites sures (Nothomb, Khadra…), ou à se lancer à la découverte d’auteurs soi-disant confidentiels, c’est-à-dire dont on n’a jamais entendu parler. Et cela ne va pas sans risques. Il en résulte une suprématie de l’auteur-personnage médiatique sur les textes eux-mêmes.

Certains considèrent aussi que la rentrée littéraire fait l’objet d’une trop grande théâtralisation pour un simple évènement marketing, et qu’il ne ressort de ce « coup de projecteur » qu’un très petit nombre d’élus. Enfin, d’un point de vue strictement commercial, il est souvent constaté qu’entre la mi-août et la fin septembre, les ventes de livres ne connaissent pas un décollage spectaculaire et que les manuels scolaires et les classiques conseillés par les enseignants dépassent de loin celles des nouveaux romans. Nous assisterions donc à une nouvelle répétition de Beaucoup de bruit pour rien ? Mais c’est que nous n’avons pas encore compris les véritables motivations de l’organisation d’une telle manifestation.

Car en effet, le but relativement inavoué de la rentrée littéraire est avant tout de faire une bonne récolte de prix littéraires en novembre – décembre et de battre ainsi des records de vente pendant les fêtes de Noël. Comme tous les ans, vous ne savez pas quoi offrir à votre grand-oncle ? Pourquoi pas le dernier Goncourt ?

Cependant, il faut reconnaître que cette rentrée est elle aussi porteuse d’une bonne nouvelle pour les amateurs de Belles Lettres. C’est en effet le seul moment de l’année où l’on parle de littérature sur les médias de masse, et où le livre est à l’honneur.  D’autant plus que dorénavant la rentrée littéraire est également numérique, avec la parution de nombreux ebooks, afin de montrer au grand public que l’édition numérique relève de véritables choix éditoriaux, et pas seulement de l’autoédition. Grâce à ce double évènement, livres papier et livres numériques règnent en maitre pendant quelques mois sur l’actualité hexagonale. Ce qui n’est pas négligeable !

Du côté des éditeurs

Il faut aussi savoir que la rentrée littéraire représente pour les maisons d’édition un travail phénoménal autant que minutieux. Nous sommes d’accord, elle se déroule officiellement en septembre. Mais c’est depuis l’automne précédent que les éditeurs se font leur petite idée quant aux publications de la prochaine rentrée. Leur décision est arrêtée à partir des fêtes de Noël. Le rendu des manuscrits définitifs se fait en février, au terme d’un va-et-vient entre l’auteur et l’éditeur (pour les ultimes corrections) qui peut durer entre six et neuf mois. En avril sont rassemblés tous les acteurs de la grande famille du livre (éditeurs, auteurs, libraires, directeurs commerciaux…) pour mettre en place une stratégie commerciale.

Il s’agit alors de démarcher des libraires partout en France pour préparer l’accueil de l’ouvrage, et de recueillir leur avis sur le texte, de fixer un calendrier de production et d’évaluer l’objectif commercial de chaque titre, le tirage, et le nombre d’exemplaires à disposer en librairie. Et ce n’est toujours pas fini ! Il faut ensuite prendre contact avec la presse sous toutes ses formes  pour assurer une bonne visibilité au livre et à son auteur, qui seront fin prêts pour la fameuse rentrée.

Donc finalement, c’est quoi le concept de la rentrée littéraire ? C’est d’abord un fantasme collectif organisé autour du livre et des différents acteurs de la chaîne du livre. C’est aussi un artifice marketing destiné à relancer le secteur de l’édition jusqu’à la fin de l’année. Mais c’est surtout un grand moment de surprises et de découvertes qui offre aux lecteurs en tous genres une très belle occasion de satisfaire leur curiosité.