L'auteur du mois : Eugène Ionesco

dans Auteurs, publié le 05/07/2014

Des hommes qui se transforment en rhinocéros, un élève qui succombe aux sollicitations intellectuelles de son professeur, la pendule d’un couple d’Anglais qui sonne « sept fois », « trois fois », « cinq fois », « deux fois » puis « autant de fois qu’elle veut », un roi dont la mort est prononcée avant même qu’il n’ait rendu son dernier souffle, … Bienvenue dans l’univers décalé de notre personnalité du mois sur LePetitLittéraire.fr, Eugène Ionesco, auteur des pièces à succès Rhinocéros, La Leçon,  La Cantatrice chauve et Le roi se meurt. Une fois entrés dans ce monde régi par l’absurde, plus question de reculer ! Tâchez de suivre le guide afin de ne pas vous perdre dans les méandres de l’imaginaire farfelu d’Ionesco…

Quand la Roumanie rencontre la France

Eugène Ionesco, né Eugen Ionescu, voit le jour à Slatina, en Roumanie, en 1912. En 1912 ? Vous êtes sûrs ? Eh bien non ! Il s’agit là d’une fantaisie de l’auteur qui, plus de 30 plus tard, reconnaîtra s’être rajeuni de trois ans. Ionesco naît donc le 26 novembre 1909 d’un père roumain et d’une mère française. Peu après sa naissance, sa famille s’installe à Paris, ville lumière où il passe une partie de son enfance et où il revient définitivement après un bref retour en Roumanie. Il y exerce divers métiers tel que correcteur dans une maison d’édition et se lie d’amitié avec André Breton. Passionné par la littérature, Ionesco se tourne rapidement vers l’écriture. Naturalisé français en 1951, il appartient à cette génération d’auteurs qui décidèrent d’écrire dans une autre langue que la leur, à l’image de Samuel Beckett, Henri Troyat, Vladimir Nabokov ou encore Joseph Conrad. Mais comment cet écrivain et dramaturge franco-roumain a-t-il fait le « buzz » à l’époque et a pu faire de l’absurde une arme littéraire absolue?

Ionesco au pays de l’absurde

L’œuvre la plus célèbre d’Ionesco est sans aucun doute La cantatrice chauve. Jouée pour la première fois en 1950 au théâtre des Noctambules, la pièce ne rencontre le succès qu’auprès des intellectuels. Cet « OVNI » théâtral, qualifié d’« anti-pièce » par Ionesco lui-même, étonna le public, dérouté par la banalité déconcertante des propos tenus par Mr et Mme Smith, un couple d’Anglais certes moins explosif que celui du film que vous connaissez, mais tout aussi atypique ! Pourquoi « la cantatrice chauve » ? L’absurde s’étend jusqu’au titre de la pièce, lequel fut choisi suite au lapsus, durant une répétition, de l’acteur jouant le rôle du pompier qui, dans sa longue tirade, parla d’une « cantatrice chauve » au lieu d’une « institutrice blonde ». Allez savoir pourquoi ! Si l’on gratte la couche de futilité, d’extravagance et d’incongruité que revêtent les paroles des personnages, on peut entrevoir la portée satirique de cette œuvre, véritable parodie des pièces de théâtre de boulevard.

Le comique pour dire le tragique

Ionesco excelle dans l’art de décliner l’absurde et de l’étendre à divers lieux communs tels que le quotidien dans La Cantatrice chauve. Dans ses pièces La Leçon (1951) et Le Roi se meurt (1962), l’auteur s’interroge également sur l’absurdité de l’Homme qui s’échine à emmagasiner le savoir et qui est irrévocablement mené à la mort. La Leçon d’Ionesco est insoutenable pour l’élève qui se tue littéralement à la tâche et qui se retrouve noyé sous les multiples préceptes dispensés par un enseignant sévère et sans scrupule. Il en va de même pour ce roi, confronté à sa propre fin, qui agonise dans une Cour où le moindre élément présage de sa disparition future. Ionesco affectionne le genre du « drame comique » et adhère au théâtre de la cruauté, lesquels permettent la caricature et la critique de notre monde.

Ionesco, témoin de l’irrationalité politique

Avec sa pièce Rhinocéros (1959), pour laquelle il remporta le Prix de Jérusalem en 1973, Ionesco va plus loin encore. A priori, ce n’est là qu’un récit saugrenu racontant l’expansion d’une épidémie imaginaire de « rhinocérite », dont le principal symptôme est la transformation de l’homme en rhinocéros. Histoire à dormir debout ? Loin de là puisqu’elle rapporte avec une force incomparable la montée, durant la Seconde Guerre mondiale, des totalitarismes, « ces hystéries collectives, soutenues ou non philosophiquement ». Fervent défenseur de la liberté d’expression, l’auteur a créé une véritable philosophie grâce à laquelle il fut notamment consacré Chevalier des Arts et Lettres en 1961 et Officier de la Légion d’Honneur en 1984. Ionesco a fait de l’absurde une institution qui passionne encore aujourd’hui les foules et qui invite le lecteur à réfléchir sur ce monde et cette vie, profondément et irrémédiablement insensés…

 

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